Aller au contenu principal
Conseils pratiques

Pourquoi les pictogrammes aident les enfants à parler

Pourquoi les pictogrammes aident les enfants à parler : appui visuel, compréhension et construction de phrases. Comment les utiliser à la maison ou en séance.

La rédaction Phenord 6 min de lecture

L'essentiel en bref

  • Les pictogrammes rendent visible ce qui, dans la parole, s'entend mal : le sens des mots, l'ordre de la phrase, les accords.
  • Ils allègent la mémoire de travail : l'enfant entend le mot et le voit en même temps.
  • Ils servent autant à la compréhension (consignes, routines) qu'à la production (construire une phrase mot à mot).
  • Pour les non-lecteurs, ils constituent un premier « texte » : une suite d'images qui se lit, se range et se corrige.
  • Ils ne remplacent pas la parole : l'adulte pointe et verbalise en même temps, puis l'enfant gagne en autonomie.
Sommaire de l'article
  1. Qu’est-ce qu’un pictogramme ?
  2. Pourquoi le visuel soutient le langage
  3. Ce que les pictogrammes apportent à la compréhension
  4. Ce que les pictogrammes apportent à la production
  5. Pourquoi ils sont précieux pour les non-lecteurs
  6. Comment les utiliser concrètement
  7. À la maison
  8. En classe
  9. En séance d’orthophonie
  10. Des pictogrammes ouverts : une bibliothèque libre
  11. Ce qu’il faut retenir

Les pictogrammes aident les enfants à parler parce qu’ils rendent visible ce qui, dans la parole, s’entend mal : le sens des mots, l’ordre de la phrase et ses petites marques grammaticales. Un mot entendu s’envole ; une image reste. En s’appuyant sur le visuel, l’enfant peut comprendre, mémoriser et construire ses phrases avec beaucoup moins d’effort.

Utilisés d’abord auprès d’enfants qui ne parlent pas, les pictogrammes se révèlent précieux pour tous : enfants en plein apprentissage du langage, enfants qui comprennent mieux qu’ils ne s’expriment, ou encore enfants bilingues. Voici pourquoi, et comment s’en servir.

Qu’est-ce qu’un pictogramme ?

Un pictogramme est une image simple, dessinée et conventionnelle, qui représente un mot, une action, une idée ou un lieu. Contrairement à une photo ou à un dessin libre, il est facile à reconnaître et à mémoriser, et peut donc servir de « mot » dans un système de communication.

C’est l’un des supports les plus utilisés en communication alternative et améliorée (CAA), mais aussi un outil précieux pour tous les enfants en train d’apprendre à parler.

Pourquoi le visuel soutient le langage

Pour construire une phrase, l’enfant doit en même temps trouver ses mots, les mettre dans le bon ordre, ajouter les marques grammaticales et surveiller qu’on le comprend. Beaucoup d’attention pour une seule phrase ! Un support visuel allège cette charge :

  • Il double l’information : l’enfant entend le mot et le voit en même temps.
  • Il désambiguïse : « les chats » et « le chat » se ressemblent à l’oreille, mais les pictogrammes les distinguent.
  • Il met l’ordre en scène : chaque mot devient une image à placer de gauche à droite.
  • Il sécurise : l’enfant peut préparer sa phrase avant de la dire, sans peur de se tromper.

Ce que les pictogrammes apportent à la compréhension

Beaucoup d’enfants comprennent mieux qu’ils ne parlent. Pour eux, le pictogramme est une porte d’entrée dans le langage :

  • Les consignes deviennent visibles : « d’abord les chaussures, ensuite le manteau ».
  • Les routines se mémorisent : séquence du matin, du repas, du coucher.
  • Les histoires s’anticipent : avant de lire, on annonce les étapes avec des images.
  • Les mots nouveaux s’ancrent : un mot accompagné d’une image se retient mieux qu’un mot entendu seul.

Ce que les pictogrammes apportent à la production

C’est leur apport le plus remarquable : ils permettent à l’enfant de construire avant de dire. On pose sur la table les pictogrammes « les », « chats », « dormir » ; l’enfant les ordonne, puis verbalise : « les chats dorment ». La structure grammaticale devient un objet que l’on manipule, que l’on décale, que l’on corrige.

Pour beaucoup d’enfants, c’est la première fois qu’ils produisent une phrase complète de leur propre initiative. Ce travail rejoint directement celui de la morphosyntaxe : ordre des mots, pluriels, accords et temps deviennent visibles, donc plus faciles à s’approprier.

Pourquoi ils sont précieux pour les non-lecteurs

Un enfant qui ne lit pas encore n’a aucun accès visuel à la langue. Les pictogrammes lui offrent un premier « texte » : une suite d’images qui se lit, se range et se corrige, sans passer par le déchiffrage des lettres.

Ils préparent ainsi l’entrée dans l’écrit en installant trois idées clés : le langage se compose de mots, ces mots ont un ordre, et cet ordre porte du sens. Quand l’enfant apprendra à lire, ces repères seront déjà là.

Un pictogramme ne remplace pas la parole : il la porte. On pointe, on verbalise en même temps, et l’enfant, peu à peu, se passe de l’appui. Pour en savoir plus sur cette philosophie, lisez notre article sur les idées reçues autour de la CAA.

Comment les utiliser concrètement

Objectif Support Exemple
Demander Bande de choix « je veux » + image du jeu
Raconter Images séquentielles remettre l’histoire dans l’ordre
Transformer Étiquettes de mots le chat → les chats dorment
Comprendre Pictos de consigne « d’abord », « ensuite », « fini »

À la maison

Commencez petit : une bande avec quelques besoins essentiels (boire, manger, encore, fini, aider). Placez-la à hauteur d’enfant. L’adulte s’en sert le premier — il pointe et parle. Pour des jeux concrets, voyez nos 15 jeux de morphosyntaxe à la maison.

En classe

Les pictogrammes structurent les rituels et les consignes, et permettent à tous les élèves de suivre une activité, même sans lire. Ils servent aussi à raconter une histoire : quelques images suffisent pour reconstituer un récit.

En séance d’orthophonie

Le pictogramme est un support partagé entre l’orthophoniste et la famille : ce qui est travaillé en séance peut être réinvesti à la maison avec le même matériel. C’est un des piliers de l’accompagnement proposé aux orthophonistes.

C’est aussi la logique de l’application Phenord : chaque phrase s’appuie sur des pictogrammes, que l’enfant ordonne avant de l’entendre et de la répéter — 1 000 phrases classées en 5 structures, illustrées par des pictogrammes.

Des pictogrammes ouverts : une bibliothèque libre

Tous les pictogrammes ne se valent pas, et leur licence compte autant que leur dessin. Phenord s’appuie sur un ensemble ouvert, créé par Steve Lee (Mulberry Symbols) et publié sous licence CC BY-SA 4.0 (mulberrysymbols.org) : des symboles clairs, cohérents d’un mot à l’autre, gratuits et réutilisables dans les conditions de la licence.

Deux bonnes questions à poser à toute application qui utilise des pictogrammes :

  1. D’où viennent les images ? Un ensemble documenté et stable évite les surprises (et les mélanges de styles qui perturbent les enfants).
  2. Quelle est leur licence ? Certaines bibliothèques célèbres sont réservées à un usage non commercial ou payant. À l’inverse, les pictogrammes restent libres : vous pouvez les télécharger et les réutiliser vous-même.

Phenord ajoute à ces symboles un code couleur grammatical (déterminant, nom, verbe, préposition), identique dans toute l’application : l’enfant voit la structure de la phrase, pas seulement son sens.

Ce qu’il faut retenir

  • Les pictogrammes rendent visible l’invisible : sens des mots, ordre de la phrase, accords.
  • Ils allègent la mémoire de travail et sécurisent la prise de parole.
  • Ils servent à comprendre (consignes, routines) et à produire (construire des phrases).
  • Pour les non-lecteurs, ils forment un premier « texte » qui prépare l’entrée dans l’écrit.
  • Ils ne remplacent jamais la parole : l’adulte les utilise en parlant, puis l’enfant devient autonome.

Questions fréquentes

À partir de quel âge utiliser des pictogrammes ?

Dès qu'un enfant a besoin d'aide pour comprendre ou pour s'exprimer, souvent vers 2 ans, et sans limite d'âge. On peut commencer très simplement : quelques images pour les routines (manger, boire, dormir, encore, fini). L'usage s'affine ensuite, jusqu'à des bandes de phrases complètes. Les pictogrammes accompagnent aussi bien les enfants qui parlent peu que ceux qui parlent bien mais peinent à construire leurs phrases.

Les pictogrammes retardent-ils la parole ?

Non. Les pictogrammes ne remplacent pas la parole : ils la soutiennent. L'adulte continue de parler en pointant les images, et l'enfant s'appuie sur le visuel pour comprendre puis pour produire. En réduisant la frustration liée aux difficultés d'expression, cet appui soutient l'envie et les occasions de communiquer. En cas de doute, mieux vaut en parler avec un orthophoniste plutôt que d'attendre.

Comment fabriquer un support avec des pictogrammes ?

Commencez par les mots les plus utiles de la journée : encore, fini, aider, je veux, boire, jouer. Imprimez ou dessinez quelques images, plastifiez-les et disposez-les sur une bande. Placez-la à hauteur d'enfant, dans un lieu fixe. L'adulte pointe l'image en la nommant à chaque occasion, puis laisse l'enfant s'en saisir. Peu d'images au départ, on enrichit progressivement.

Pictogrammes ou photographies ?

Les deux peuvent fonctionner. Les photos sont souvent plus faciles à reconnaître au début, car elles montrent des objets réels. Les pictogrammes, plus schématiques, se généralisent mieux et se combinent entre eux pour former des phrases. Beaucoup de supports mélangent les deux : photos pour les personnes et les lieux, pictogrammes pour les verbes et les petits mots grammaticaux.

Un enfant qui lit déjà a-t-il encore besoin de pictogrammes ?

Cela dépend de ses besoins. Un enfant lecteur peut s'appuyer sur l'écrit, mais les pictogrammes restent utiles pour alléger la mémoire, visualiser la structure d'une phrase complexe ou travailler les accords. Ils servent alors de béquille temporaire, que l'on retire progressivement à mesure que l'enfant gagne en autonomie.

La mascotte Phenord

La rédaction Phenord

Cet article a été rédigé par l'équipe éditoriale de Phenord, l'application iOS de morphosyntaxe. Nos contenus s'appuient sur les repères classiques du développement du langage et sont relus avec soin. Ils ne remplacent ni un diagnostic ni un suivi professionnel. En savoir plus sur notre démarche .

Une question, une remarque ? Contactez-nous .

À lire ensuite

Tous les articles

Prêt à transformer les phrases en jeu d'enfant ?

Neuf phrases sont offertes pour essayer. Phenord arrive bientôt sur l'App Store : 1 000 phrases, 5 structures et des pictogrammes.